« Elle aimerait marcher jusqu’à cette mer dont elle contemple, de la fenêtre de son petit hôtel, le flamboiement qui va s’atténuant. Elle voudrait voir de plus près si l’écume des vagues sur le sable a des éclats blancs ou plutôt dorés ». Il y a de la poésie dans le sens du détail que manifeste ce recueil de nouvelles. Ces chansons courtes n’ont pas seulement en commun d’être signées par des auteurs coréens largement inconnus des rives occidentales.
L’amour en demi-teinte
Toutes partagent la même tonalité mélancolique, un art de la finesse psychologique comme ce goût prononcé pour le drame. On y croise, pêle-mêle, une fillette assistant au naufrage d’un père alcoolique, un jeune obèse converti à la diète pour les beaux yeux de la Vénus de Botticelli, une faiseuse d’ange étranglée par une blessure de jeunesse. Ici la ronde des adultères sans complexe tourne rond... ou au vinaigre, avec une régularité métronomique qui en ferait en apparence un véritable sport national.
Les personnages masculins en prennent pour leur grade, tous abonnés de l’échec et champions de l’infidélité, face à celles qui se montrent des mères courage dès le plus tendresse enfance. Le sinistre Hwang en est l'archétype, qui « voit l’apocalypse à toute heure et en tout lieu.(…), il connaît mieux les chiffres de l’import que de l’export ; c’est un expert dans le domaine de notre dette nationale plutôt que dans l’amélioration de nos conditions de vie ; et son cœur ne voit que les ombres planant sur l’existence de toutes choses et de tous les êtres ».
L'esthétique de la tristesse
Adepte du tragique-ironique, les auteurs du pays du Matin calme portent bien leur nom. A travers cette délicate esthétique de la tristesse à mi-chemin entre « douce léthargie » et « désolation mélancolique » et se dessine une irrésistible beauté fataliste.
Coktail Sugar et autre nouvelles de Corée. Zulma, 381 pages, 22 euros.