Lundi 28 mai 2012 1 28 /05 /Mai /2012 16:57

 

 

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« Elle aimerait marcher jusqu’à cette mer dont elle contemple, de la fenêtre de son petit hôtel, le flamboiement qui va s’atténuant. Elle voudrait voir de plus près si l’écume des vagues sur le sable a des éclats blancs ou plutôt dorés ». Il y a de la poésie dans le sens du détail que manifeste ce recueil de nouvelles. Ces chansons courtes n’ont pas seulement en commun d’être signées par des auteurs coréens largement inconnus des rives occidentales.

 

L’amour en demi-teinte

 

Toutes partagent la même tonalité mélancolique, un art de la finesse psychologique comme ce goût prononcé pour le drame. On y croise, pêle-mêle, une fillette assistant au naufrage d’un père alcoolique, un jeune obèse converti  à la diète pour les beaux yeux de la Vénus de Botticelli, une faiseuse d’ange étranglée par une blessure de jeunesse. Ici la ronde des adultères sans complexe  tourne rond... ou au vinaigre, avec une régularité métronomique qui en ferait en apparence un véritable sport national.

 

Les personnages masculins en prennent pour leur grade, tous abonnés de l’échec et champions de l’infidélité, face à celles qui se montrent des mères courage dès le plus tendresse enfance. Le sinistre Hwang en est l'archétype, qui « voit l’apocalypse à toute heure et en tout lieu.(…), il connaît mieux les chiffres de l’import que de l’export ; c’est un expert dans le domaine de notre dette nationale plutôt que dans l’amélioration de nos conditions de vie ; et son cœur ne voit que les ombres planant sur l’existence de toutes choses et de tous les êtres ».

 

L'esthétique de la tristesse

 

Adepte du tragique-ironique, les auteurs du pays du Matin calme portent bien leur nom. A travers cette délicate esthétique de la tristesse à mi-chemin entre « douce léthargie » et « désolation mélancolique » et   se dessine une irrésistible beauté fataliste.

 

Coktail Sugar et autre nouvelles de Corée. Zulma, 381 pages, 22 euros.   

 

Par Agnès Séverin
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Samedi 19 mai 2012 6 19 /05 /Mai /2012 08:02

 

Cover Sloterdijk

 

 

Dans un essai indispensable paru l'an dernier, Petit éloge de la joie, Mathieu Terence enjambe allégrement les cloisons entre les différents domaines de connaissance (roman, poésie, science, génétique, philosophie…) pour révéler l’intérêt d’une notion oubliée du monde contemporain au profit d’une hypothétique notion de bonheur « durable » - vilain mot en vogue pour un contrat de dupe.

 

Le titre de son avant-dernier roman offre un lien évident avec la réflexion brillante du philosophe allemand Peter Sloterdijk (auteur de Tu dois changer ta vie ! sous-entendu, au lieu de faire un sit-in d’indignado sous une tente  Quechua). Tous deux ont le mérite de poser la même question : la nature de l’homme est-elle en train de muter dans un environnement encadré par la technologie ?

 

L’humanisme est mort, vive l’humanisme !

 

L’adepte de l’exercice tous azimuts comme éthique et de l'homme comme produit de lui-même comme le poète et romancier fasciné par la décadence et la nouveauté du monde qui vient se rejoignent sur cette interrogation. La nature même de leurs réflexions respectives inspire, semble-t-il, une autre injonction (puisque c'est la mode) : L’humanisme est mort vive l’humanisme !

 

 

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Règles pour le parc humain suivi de La domestication de l’être, de Peter Sloterdijk. Mille et Une Nuits (2010).

 

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La version cinématographique de la réaffirmation du propos humaniste, glamour en diable puisqu'incarné par Natalie Portman...

Cover V Portmann

 

 

... est adaptée du roman suivant : 

 

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A lire également :

 

Le devenir du nombre, de Mathieu Terence. Stock (2012).

 

 

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http://www.lepoint.fr/editos-du-point/bernard-henri-levy/bonjour-monsieur-terence-17-05-2012-1462324_69.php

 

http://pillow-books.over-blog.com/10-index.html

 

                                                                                                                                                                              Cover MTerence Petiteloge

Par Agnès Séverin
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Vendredi 18 mai 2012 5 18 /05 /Mai /2012 20:23

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Andy Larkham pouvait-il imaginer qu’hériter de quelques millions était synonyme de porter également le lourd poids du passé ? Naturellement, cet anti-héros parfait tente d’abord lâchement  de contourner le mystère qui se dissimule derrière cet heureux hasard… avant d’affronter la douloureuse vérité cachée derrière le petit miracle.

 

Un livre noir, rouge et or

 

Cette enquête à corps défendant révèle le portrait d’un personnage exaltant d’émigré arménien entraîné dans les soubresauts de l’histoire et l’improbable épopée d’une entreprise d’exploration minière en Australienne. Un livre en noir, rouge et or où le rêve et l’injustice forment les pièces d’un portrait habilement agencé en manière de puzzle. Avec en toile de fond l'intervention d'un sombre individu capable de tous les calculs pour vampiriser le bien-être de son prochain.

 

Un portrait en manière de puzzle

 

La solution de ce jeu de piste rythmé réside dans la vérité pure et simple… qui n’est pas si facile à avaler. Le repos de l'esprit est à ce prix car la lucidité saute les générations pour n'emprunter que des détours bien à elle. Un opus plein de surprises et de sagesse.

 

Héritage, de Nicholas Shakespeare. Grasset.

 

 

 Une autre histoire de jalousie dévorante... à dévorer. Pour dépeindre certaines caractéristiques universelles et cerner la triste vérité de l'humaine condition, Tchékhov n'aurait pas fait mieux. Moralité : méfiez-vous de votre voisin.

 

   Couv Wenz

 

 

 

 

Par Agnès Séverin
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Vendredi 18 mai 2012 5 18 /05 /Mai /2012 20:09

 

 

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  Tu n’es pas une mère comme les autres, pouvait écrire Angelica Schrobsdorff pour évoquer la vie de sa mère allemande d’origine juive qui incarnait sans retenue la bohème des Années Folles. Alexandra Fuller pourrait en dire autant du personnage extravagant de sa mère, élevée au Kenya et établie avec armes et bagages, folie douce et enfants en Rhodésie (Etat sécessionniste affranchi de la tutelle de la couronne britannique pour faire perdurer les lois ségrégationnistes dans les années soixante), en Zambie puis au Malawi. Les errances de ses parents suivent les péripéties de l’indépendance qui s’étend sur le continent et des conflits qui émaillent une Afrique Australe à la recherche de son destin. Ici, « la guerre est un fruit mûr qui ne demande qu’à tomber » tant les injustices et les haines sont profondes, et l’appétit par les matières premières exacerbé.

 

Nicola pratique l’équitation, la peinture à l’huile et l’alcoolisme mondain avec une égale passion.  

 

« Nicola Fuller d’Afrique Centrale » a toujours un refrain adapté en toutes circonstances. En bonne Ecossaise, native  de l’île de Skye, Nicola Fuller croit aux fantômes, aux elfes et aux fées. Ignorante de toute contrainte et de toute convention, elle pratique l’équitation, la peinture à l’huile et l’alcoolisme mondain avec une égale passion. Son mari, adepate de polo, est passé maître en l'art d'avoir l'air de rien. Ce tandem d'excentriques est capable d’ignorer le monde qui bascule autour de lui pour s’adonner à son amour fou pour l’existence coloniale, ses beautés, son confort et son égoïsme insensé.  

 

La vie de Nicola Fuller est un roman. Le décor de son existence un paysage de cinéma. Les chutes Victoria ne sont pas si loin. Les collines sont ocre et mauve, entravées de longues déchirures violettes. Les cobras sont en embuscade dans les recoins des salles de bain, les fusils posés sur les genoux et les arbres portent des fleurs gigantesques et mérite si bien leur nom de flamboyants.

 

Un être de passion, lointain vestige d’un siècle révolu

 

  L'écrivain et critique américaine Alexandra Fuller brosse le portrait efficace et enlevé d’un être de passion qui a tout d'un lointain vestige du vingtième siècle, lorsque l’outrance et le goût de l’aventure balayaient encore chez quelques-uns  toute au forme de considération.  

 

L’arbre de l’oubli, d’Alexandra Fuller. Editions des Deux-Terres.

 

 

 

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Cracks, de Jordan Scott avec Eva Green et Juno Temple (2009).

 

Séduction/ manipulation/possession, ce trio d'enfer est le signe d'une perversion qui mène tout droit le charme juvénile sur la pente de la destruction en bonne et due forme. Magnifiquement incarné par Eva Green, femme fatale émanant tout droit des années 50, ce personnage vénéneux est la clé de voûte d'une oeuvre cinématographique en forme de descente aux enfers envoûtante où se dévoile le revers d'une rébellion de pacotille. Entre les naïvetés adolescentes du Cercle des poètes disparus, les teintes pastel toutes de légèreté de la Marie-Antoinette de Sofia Copolla, la machination d'un Crime d'amour d'Alain Corneau (avec Ludivine Sagnier et Kristin Scott Thomas), la liberté devient vite jeu à sens unique. Le parfum dérangeant qui émane de cet univers apparemment protecteur rappelle enfin l'atmopshère deviante et sulfureuse du Parle avec elle de Pedro Almodovar. L'amour mis en bocal sent rapidement le roussi.

 

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Par Agnès Séverin
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Mercredi 7 mars 2012 3 07 /03 /Mars /2012 10:11

 

 

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   La double histoire d'un cauchemar et d'une rédemption. Javier Cercas entrelace la descente aux enfers de Rodney, un vétéran du Vietnam hanté par les abîmes de crime dans lesquelles il a été plongé jeune homme, et la lente construction d'une vocation littéraire. Affronter le mal total, toucher du doigt l'absurde, raconter la barbarie à visage humain et poursuivre une oeuvre dans le même geste, tel est le paradoxe auquel s'attaque le romancier espagnol, auteur des Soldats de Salamine et de l'Anatomie d'un instant pour aborder le rôle de l'écriture : montrer la vérité nue sans verser dans l'obscènité. 

  

    A la vitesse de la lumière, de Javier Cercas. Actes Sud, 286 pages, 21 euros.

Par Agnès Séverin
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